Viola Amherd a occupé une place singulière dans l’histoire récente du Conseil fédéral suisse. Élue au gouvernement en décembre 2018, elle est devenue, le 1er janvier 2019, la première femme à diriger le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS). Son parcours est marqué par une approche institutionnelle, une communication mesurée et une attention constante portée aux responsabilités concrètes de l’État.
Un parcours valaisan et juridique
Viola Amherd est née le 7 juin 1962 à Brig-Glis, dans le canton du Valais. Elle a étudié le droit à l’Université de Fribourg, où elle a obtenu sa licence. Elle a ensuite exercé comme avocate et notaire dans son canton, avant de s’engager plus directement dans la vie politique.
Son itinéraire commence au niveau communal. Elle a été membre du conseil municipal de Brig-Glis, puis vice-présidente de la commune. Cette expérience locale a constitué l’une des bases de son parcours public : elle y a été confrontée à des questions d’aménagement, de finances publiques et de gestion administrative, dans un environnement politique où le dialogue entre les différents échelons de l’État occupe une place importante.
De la politique fédérale au Conseil fédéral
En 2005, Viola Amherd a été élue au Conseil national sous les couleurs du Parti démocrate-chrétien, devenu ensuite Le Centre. Elle a siégé à la Chambre du peuple jusqu’à son élection au Conseil fédéral en 2018. Au Parlement, elle s’est notamment consacrée aux questions juridiques, sociales et institutionnelles.
Le 5 décembre 2018, l’Assemblée fédérale l’a élue au Conseil fédéral pour succéder à Doris Leuthard. Elle a pris ses fonctions au début de l’année suivante. La répartition des départements l’a placée à la tête du DDPS, un portefeuille traditionnellement associé à la politique de sécurité, à l’armée, à la protection de la population et au sport.
Une première au Département de la défense
La nomination de Viola Amherd au DDPS a constitué un changement institutionnel important : elle est devenue la première femme à diriger le département fédéral chargé de la défense. Cette fonction ne se limite pas aux questions militaires. Elle comprend également la protection de la population, la coordination de certains instruments de sécurité et les activités fédérales liées au sport.
À la tête de ce département, son rôle consistait à conduire l’administration, à représenter le Conseil fédéral devant le Parlement et à porter les dossiers relevant de la sécurité et de la défense dans le cadre de la collégialité gouvernementale. En Suisse, les décisions du Conseil fédéral sont prises collectivement : chaque conseiller fédéral défend les décisions adoptées par l’ensemble du gouvernement, même lorsque son département en assure la préparation.
Un style fondé sur la sobriété
Le style politique de Viola Amherd est généralement associé à la retenue. Son parcours ne repose pas sur une forte personnalisation de la fonction, mais sur une présence régulière dans les institutions et sur une manière de communiquer centrée sur les dossiers. Cette sobriété s’inscrit aussi dans la culture politique suisse, où la recherche de compromis et la responsabilité collégiale occupent une place centrale.
Cette caractéristique ne signifie pas une absence de positionnement. Diriger le DDPS implique de répondre à des enjeux sensibles, de travailler avec les autorités cantonales et communales, et de défendre des projets devant les commissions parlementaires. Le rôle exige également de maintenir un lien avec les milieux militaires, les services de protection de la population et les acteurs du sport, tout en respectant les procédures de la Confédération.
Une présidence de la Confédération en 2024
Viola Amherd a été élue présidente de la Confédération pour l’année 2024 par l’Assemblée fédérale. La présidence suisse est annuelle et ne confère pas de pouvoir exécutif supérieur à celui des autres membres du Conseil fédéral. La personne qui l’exerce dirige les séances du gouvernement, assume certaines fonctions de représentation et incarne la Confédération lors de rendez-vous officiels.
Cette année présidentielle a placé son parcours au premier plan de la représentation nationale. Elle a toutefois conservé le cadre institutionnel propre à la Suisse : une fonction de coordination et de représentation, exercée parallèlement aux responsabilités liées à son département.
Une place institutionnelle qui dépasse son département
La trajectoire de Viola Amherd illustre plusieurs caractéristiques de la politique fédérale suisse. Elle combine une expérience communale, une longue présence au Conseil national et une responsabilité gouvernementale. Ce passage par différents niveaux de décision lui a donné une connaissance directe des mécanismes de la Confédération et des relations entre les autorités fédérales et cantonales.
- Au niveau communal : une première expérience de gestion publique à Brig-Glis.
- Au Parlement : treize années au Conseil national, de 2005 à 2018.
- Au gouvernement : une élection au Conseil fédéral en décembre 2018 et une entrée en fonction en janvier 2019.
- À la présidence : la direction du Conseil fédéral pendant l’année 2024.
Une figure de transition dans l’histoire du DDPS
La présence de Viola Amherd à la tête du DDPS a contribué à faire évoluer l’image d’un département longtemps dirigé par des hommes. Sa nomination n’a pas modifié la nature collégiale du gouvernement suisse, mais elle a marqué une étape dans la représentation des femmes au sein des domaines fédéraux liés à la défense et à la sécurité.
Son parcours est ainsi moins celui d’une rupture spectaculaire que celui d’une progression institutionnelle. De la politique locale valaisanne au Conseil fédéral, Viola Amherd a construit une carrière fondée sur l’expérience administrative, la connaissance du droit et la continuité de l’action publique. Son style sobre s’inscrit dans cette trajectoire : il privilégie la fonction, les responsabilités et les mécanismes de décision plutôt que la mise en scène personnelle.
Après son départ du Conseil fédéral à la fin du mois de mars 2025, son passage au gouvernement reste associé à cette double dimension : une première historique à la tête de la défense et une présence politique caractérisée par la discrétion, la méthode et l’ancrage institutionnel.
